FigaroVox-tribuneBussereauPour Éric Doligé, sénateur et président du Conseil général du Loir, et Dominique Bussereau, ex ministre et président du conseil général de la Charente-Maritime, le redécoupage cantonal orchestré par le Ministre de l'Intérieur affaiblit délibérément les territoires ruraux au bénéfice des centres urbains et favorise systématiquement le Parti Socialiste.

En redécoupant l'ensemble des cantons de France en quelques mois, Manuel Valls a agi dans une précipitation dont la seule fin est de favoriser électoralement le parti socialiste, et lui seul, lors des prochaines élections départementales de 2015.

Pour sauver le PS, il fallait des ciseaux audacieux pour effectuer le plus scandaleux tripatouillage électoral de la Vème république. Pour couvrir le méfait, M.Valls comptait, comme toujours, sur la diabolisation moralisatrice de l'adversaire: qui s'oppose à sa réforme, est un ennemi de la parité, donc du progrès, un machiste dans la peau d'un notable attaché au passé, un dinosaure de la politique condamné à mourir dans l'ère nouvelle du Beau et du Bien.

Hélas pour le ministre de l'Intérieur, après le vote négatif du Sénat, pourtant majoritairement à gauche, et le seul appui du groupe PS à l'Assemblée, sa loi sur les départements post-modernes a généré des décrets de découpage des cantons rejetés par 60 % des conseils généraux et approuvés seulement par 40 % des assemblées départementales.

L'opposition n'est pas le fait de la seule droite et du centre mais de l'ensemble des élus locaux de droite, du centre, communistes, écologistes, divers gauche et radicaux de gauche et même de quelques élus socialistes.

En se mettant au seul service des fédérations du PS, Manuel Valls s'attire une opposition inédite par son ampleur et provoque une révolte de l'ensemble des forces républicaines et démocratiques.

Le PS, dans l'aveuglement politicien, qui, chaque jour, l'éloigne un peu plus du peuple français ne veut toujours pas voir quelques réalités fortes, tenaces et salutaires que cette contestation fait apparaître.

Monsieur Valls commet trois délits majeurs à l'encontre des valeurs républicaines que sont le respect de l'Histoire, la dignité démocratique due à une réforme électorale et la nécessité de défendre les territoires.

L'Histoire bafouée

Gommer en quelques mois deux siècles de vie sociale et démocratique, c'est bafouer notre Histoire. Le canton, en zone rurale, est un espace qui a une profonde signification. Lors des obsèques d'un agriculteur, d'un commerçant, d'un militant associatif, d'une figure locale, l'importance du disparu est saluée par un significatif «tout le canton était présent»

M.Valls en remplaçant le chef-lieu de canton, qualité qui suit le nom de la commune dans le dictionnaire Larousse, par un technocratique «bureau centralisateur» fait fi de cette réalité et de sa substance vivante, faite de vie sociale, de services publics et de solidarités, pour ne plus voir dans le canton qu'une circonscription électorale vide de sens.

M.Valls et les nouveaux socialistes ne veulent pas comprendre qu'un pays est réel grâce à l'échange immémoriel entre l'âme des habitants et l'âme des territoires. Cette dimension charnelle et affective est méprisée par nos actuels gouvernants qui trahissent une tradition démocratique, née en Grèce antique, qui fait des élus les représentants des hommes et des territoires. C'est au nom de ce même lien essentiel que les citoyens peuvent aller jusqu'à mourir pour préserver l'intégrité du territoire national.

A l'opposé absolu de cette vision historique, les nouveaux socialistes promeuvent une France déracinée où toute tradition est suspectée, la force tranquille de François Mitterrand est oubliée et enterrée, et c'est l'année même du centenaire de la Grande Guerre que le parti socialiste supprime les chefs-lieux de canton, lieux de mémoire de la conscription.

Aucun régime politique n'avait osé remettre en cause le nom de «conseil général» car cette appellation renvoie à la généralité de ses compétences et à l'intérêt général lui-même. Au fil du temps il s'est identifié à la République dont il est devenu un symbole et un synonyme.

Le découpage du cabinet noir de M.Valls n'a été soumis à aucun contrôle, d'aucune commission.

La grossièreté du tripatouillage

Le redécoupage complet, sur l'ensemble du territoire national, de circonscriptions électorales est un événement rarissime. Le seul précédent de même ampleur concernait en 1986 le redécoupage des circonscriptions législatives par Charles Pasqua, ministre de l'intérieur du gouvernement de Jacques Chirac.

La comparaison est éclairante sur l'obscurité de la méthode Valls, de loin meilleur ouvrier de France en tripatouillage électoral de notre histoire.

En effet le découpage Pasqua a été validé par le vote du Parlement, celui de Valls est purement réglementaire. Le découpage Pasqua avait été surveillé par une commission juridique indépendante, dont les membres avaient été nommés par le vice-président du conseil d'État et le président de la cour de cassation. Charles Pasqua avait suivi 90 % des avis de cette commission de juristes.

Le découpage du cabinet noir de M.Valls n'a été soumis à aucun contrôle, d'aucune commission.

Deux cinquièmes de nos cantons ont vu leurs limites retouchées dans le passé. A chaque fois, et quel que soit le gouvernement, tous les conseils municipaux concernés avaient été consultés.

Ici M.Valls n'a consulté aucun conseil municipal, la pseudo-concertation s'est limitée à quelques élus. Les préfets eux-mêmes n'ont pas eu voix au chapitre et n'ont été que les facteurs qui ont porté la lettre du redécoupage préparée dans les fédérations du PS.

Un examen attentif des cartes cantonales redécoupées montre non seulement qu'elles ont été faites avec cynisme, avec une volonté partisane constante mais aussi avec une adaptation de court terme aux ambitions de tel ou tel membre de l'appareil socialiste. Manuel Valls a fait du sur-mesure pour habiller ses amis.

Utiliser la parité comme prétexte à ce tripatouillage, un bon sentiment masquant un mauvais coup dans une dialectique typiquement socialiste, est une insulte faite aux femmes. Et cet argument n'en est pas un: la parité étant garantie par la loi de 2013, elle ne justifie en rien le coup partisan de ciseaux de M. Valls.

Le respect de la parité n'empêchait pas de faire un découpage objectif et intelligent, c'est une PSarité qui a été mise en place pas une parité!

Cette grossièreté de M. Valls indigne et elle se traduira dans les urnes en mars 2015 par la juste punition des manipulateurs cyniques du suffrage universel.

M.Valls et les siens veulent une France post-moderne affadie et déracinée où les nouvelles valeurs, ici la parité, sont utilisées non pour elles-mêmes mais pour discréditer les valeurs ancestrales.

Le massacre de la ruralité

Le plus grave réside dans ce dernier point.

Redécouper l'ensemble des cantons est un moment rare, unique et important. Voilà qui méritait réflexion et intelligence au lieu de la précipitation et de la magouille qui ont prévalu.

Le gouvernement avait une occasion unique de faire coïncider représentation politique et réalités humaines, économiques et sociales des territoires. Le gouvernement avait une opportunité rarissime d'œuvrer pour un aménagement du territoire porteur d'avenir.

Le gouvernement a préféré sacrifier les territoires à ses intérêts électoraux de court terme.

Limites biscornues des nouveaux cantons, mépris des intercommunalités patiemment construites par les élus locaux, abandon des bassins de vie, autant de signes de cette faute majeure du gouvernement contre l'avenir des territoires.

Dés lors que le gouvernement ne jurait que par la stricte démographie, le ver était dans le fruit. Les socialistes oublient en effet que depuis que la démocratie existe, elle fonde sa légitimité sur la juste représentation des hommes et des territoires, elle n'oppose pas les uns aux autres et elle sait qu'une égalité géométrique et arithmétique est l'antichambre, 1793 le rappelle, de la tyrannie.

De plus le gouvernement n'a pas été honnête dans cette égalité démographique puisqu'il ne l'a fondée que sur l'égalité à l'intérieur d'un département sans se soucier de l'égalité entre départements. En divisant par deux le nombre de cantons existants les socialistes montraient déjà leur manque d'ambition et leur volonté de tripatouillage local. Une vision sincère de l'égalité aurait dû conduire à adapter le nombre de cantons à la taille respective de chaque département.

Ce découpage illogique, arbitraire, partisan conduit à une représentation politique inadaptée des territoires. Et un territoire mal représenté, des élus détachés des vraies dynamiques locales, c'est un territoire mal défendu.

Là est la conséquence la plus grave de cette réforme bâclée. Les territoires ruraux seront sous-représentés. Dans les limites de variation de population des nouveaux cantons de plus à moins 20 % par rapport à la moyenne, on constate que les cantons urbains sont moins peuplés, donc plus représentés, et les cantons ruraux sont plus peuplés, donc sous-représentés. Et les politiques des conseils départementaux seront défavorables à la ruralité.

Cette réforme Valls résume à merveille la gouvernance Hollande: précipitation, mépris de l'opinion, manipulations avec un énorme culot, service sans complexe de l'intérêt du seul parti socialiste. Mais ces méthodes qui insultent la démocratie et l'intérêt général sont également au service d'une vision de la France qui n'est pas celle du peuple de France. M.Valls et les siens veulent une France post-moderne affadie et déracinée où les nouvelles valeurs, ici la parité, sont utilisées non pour elles-mêmes mais pour discréditer les valeurs ancestrales.

M.Valls prépare par cette réforme une France hors-sol, à l'image des nouveaux socialistes. C'est une faute contre notre Histoire et notre République.

 

Les 115 cosignataires

Christian JACOB, député de la Seine-et-Marne, président du Groupe UMP de l'Assemblée nationale
Jean-Claude GAUDIN, sénateur-maire de Marseille, président du Groupe UMP du Sénat
Jean-François COPÉ, député de la Seine-et-Marne, président de l'UMP
François FILLON, député de Paris, ancien Premier ministre
Jean-Pierre RAFFARIN, sénateur de la Vienne, ancien Premier Ministre
Bernard ACCOYER, député de la Haute-Savoie, ancien Président de l'Assemblée nationale
Gérard LARCHER, sénateur des Yvelines, ancien Président du Sénat
Damien ABAD, député de l'Ain
Julien AUBERT, député du Vaucluse
Olivier AUDIBERT, député du Var
Gérard BAILLY, sénateur du Jura, ancien président du Conseil général
Philippe BAS, sénateur de la Manche
René BEAUMONT, sénateur de la Saône-et-Loire, ancien Président du Conseil général
Sylvain BERRIOS, député du Val-de-Marne
Etienne BLANC, député de l'Ain
Marcel BONNOT, député du Doubs
Xavier BRETON, député de l'Ain
Marie-Thérèse BRUGIERE, sénateur de l'Hérault
François-Noël BUFFET, sénateur du Rhône
François CALVET, sénateur des Pyrénées-Orientales
Jean-Noël CARDOUX, sénateur du Loiret
Gérard CESAR, sénateur de la Gironde
Pierre CHARON, sénateur de Paris, Vice-président du Conseil général de Paris
Dino CINIERI, député de la Loire
Gérard CORNU, sénateur de l'Eure-et-Loir
Jean-Louis COSTES, député du Lot-et-Garonne
Raymond COUDERC, sénateur de l'Hérault
Jean-Patrick COURTOIS, sénateur de la Saône-et-Loire
Olivier DASSAULT, député de l'Oise
Francis DELATTRE, sénateur du Val-d'Oise
Bernard DEBRÉ, député de Paris
Jean-Pierre DECOOL, député du Nord
Bernard DEFLESSELLES, député des Bouches-du-Rhône
Rémi DELATTE, député de la Côte d'Or
Patrick DEVEDJIAN, député des Hauts-de-Seine, Président du Conseil général
Alain DUFAUT, sénateur du Vaucluse
Jean-Léonce DUPONT, sénateur du Calvados, président du Conseil général
Hubert FALCO, sénateur du Var, ancien Président du Conseil général
Georges FENECH, député du Rhône
Françoise FERAT, sénateur de la Marne
Marie-Louise FORT, députée de l'Yonne
Alain FOUCHE, sénateur de la Vienne, ancien Président du Conseil général
Yves FOULON, député de la Gironde
Bernard FOURNIER, sénateur de la Loire
Yves FROMION, député du Cher
Laurent FURST, député du Bas-Rhin
Sauveur GANDOLFI-SCHEIT, député de la Haute-Corse
Hervé GAYMARD, député de la Savoie, président du Conseil général
Annie GENEVARD, députée du Doubs
Bernard GERARD, député du Nord
Alain GEST, député de la Somme, ancien président du Conseil général
Georges GINESTA, député du Var
Philippe GOSSELIN, député de la Manche
Alain GOURNAC, sénateur des Yvelines
François GROSDIDIER, sénateur de la Moselle
Jean-Claude GUIBAL, député des Alpes-Maritimes
Jean-Jacques GUILLET, député des Hauts-de-Seine
Michel HEINRICH, député des Vosges
Michel HERBILLON, député du Val-de-Marne
Patrick HETZEL, député du Bas-Rhin
Michel HOUEL, sénateur de la Seine-et-Marne
Benoît HURE, sénateur des Ardennes, président du Conseil général
Jean-François HUSSON, sénateur de la Meurthe-et-Moselle
Denis JACQUAT, député de la Moselle
Christian KERT, député des Bouches-du-Rhône
Jacques KOSSOWSKI, député des Hauts-de-Seine
Laure de LA RAUDIERE, députée de l'Eure-et-Loir
Charles de LA VERPILLIERE, député de l'Ain, ancien président du Conseil général
Marc LAMENIE, sénateur des Ardennes
Horace LANFRANCHI, président du Conseil général du Var
Thierry LAZARO, député du Nord
Marc LE FUR, député des Côtes d'Armor
Dominique LE MENER, député de la Sarthe
Antoine LEFEVRE, sénateur de l'Aisne
Jacques LEGENDRE, sénateur du Nord
Maurice LEROY, député du Loir-et-Cher, président du Conseil général
Céleste LETT, député de la Moselle
Véronique LOUWAGIE, députée de l'Orne
Roland du LUART, sénateur de la Sarthe, ancien président du Conseil général
Lionnel LUCA, député des Alpes-Maritimes
Jean-Claude LUCHE, président du Conseil général de l'Aveyron
Alain MARC, député de l'Aveyron
Hervé MARITON, député de la Drôme
Alain MARLEIX, député du Cantal
Olivier MARLEIX, député d'Eure-et-Loir
Patrice MARTIN-LALANDE, député du Loir-et-Cher
Alain MARTY, député de la Moselle
Herbé MAUREY, sénateur de l'Eure
François de MAZIERES, député des Yvelines
Colette MELOT, sénateur de la Seine-et-Marne
Philippe MEUNIER, député du Rhône
Albéric de MONTGOLFIER, sénateur de l'Eure-et-Loir, président du Conseil général
Pierre MOREL A L'HUISSIER, député de la Lozère
Alain MOYNE-BRESSAND, député de l'Isère
Louis NEGRE, sénateur des Alpes-Maritimes
Yves NICOLIN, député de la Loire
Philippe PAUL, sénateur du Finistère
Jackie PIERRE, sénateur des Vosges
Louis PINTON, sénateur de l'Indre, président du Conseil général
Rémy POINTEREAU, sénateur du Cher, ancien président du Conseil général
Bérengère POLETTI, députée des Ardennes
Axel PONIATOWSKI, député du Val d'Oise
Didier QUENTIN, député de la Charente-Maritime
Henri de RAINCOURT, sénateur de l'Yonne, ancien président du Conseil général
André REICHARDT, sénateur du Bas-Rhin
Bruno RETAILLEAU, sénateur de la Vendée, président du Conseil général
Franck RIESTER, député de la Seine-et-Marne
Michel SAVIN, sénateur de l'Isère
François SCELLIER, député du Val d'Oise, ancien président du Conseil général
Alain SUGUENOT, député de la Côte d'Or
Jean-Marie TETART, député des Yvelines
Catherine TROENDLE, sénateur du Haut-Rhin
Michel VOISIN, député de l'Ain
Patrick WEITEN, président du Conseil général de la Moselle
Éric WOERTH, député de l'Oise

 

(© Figaro Vox)