tribune réforme du collègeBannis de l'école depuis plus de 25 ans, le savoir, l'apprentissage et la connaissance ne sont pas prêts de retrouver leur place avec la nouvelle réforme du collège. Les élèves peuvent donc se réjouir : oui, l'école est vraiment finie !

Depuis 1989, et la loi d'orientation dite « Loi Jospin », ce n'est plus le savoir mais l'élève qui est au cœur des préoccupations de l'école. Un principe qui a conduit à la destruction accélérée de l'école de la République. En retirant le pouvoir au savoir et à ceux qui le transmettent, on a tout simplement donné le choix aux élèves de s'intéresser ou non à l'école. Charge ensuite au corps enseignant de s'adapter.

L'apprentissage de la langue française est soporifique et complexe ? N'imposons plus de dictées, bannissons la grammaire de phrase, survolons les conjugaisons. La lecture de certains ouvrages se révèle parfois pénible ? Remplaçons la lecture des classiques par des ouvrages contemporains de seconde zone. Les élèves disposent tous de smartphones équipés de calculatrices ? N'imposons plus l'apprentissage des tables de multiplication. A quoi bon retenir des dates de l'histoire de France puisqu'il est si simple de les trouver sur Internet ? Remisons donc au placard les frises chronologiques.

Voilà comment, en peu de temps, on a détruit une école qui faisait la fierté de notre nation à travers le monde. Le constat est aujourd'hui édifiant : la France ne cesse de reculer au classement Pisa, la maîtrise de la langue française est désastreuse même chez des étudiants de bon niveau et les jeunes méconnaissent les événements majeurs de notre histoire.

Aussi, quand la Ministre de l'Education nationale, de l'Enseignement supérieur et de la Recherche, Najat Vallaud-Belkacem, a justifié une énième réforme du collège par « la lutte contre l'ennui » des élèves, on pouvait s'attendre au pire. Et le moins qu'on puisse dire, c'est qu'on est servi puisque sa réforme va jusqu'à remettre en cause la formation de nos citoyens.

Les lois Jules Ferry voyaient l'enseignement de l'histoire comme le meilleur moyen de promouvoir la République en inculquant un certain nombre de valeurs à tous les enfants de France. C'est l'orientation qui a perduré pendant plus d'un siècle, au gré des réajustements des programmes, créant un socle de valeurs communes à tous les Français, né des avancées, des réussites et des erreurs de nos prédécesseurs.

Que reste-t-il aujourd'hui de ce socle commun ? Un programme confus, trop vaste où on refuse de privilégier les événements fondateurs de notre République. En faisant le choix, notamment, de ne pas rendre obligatoire l'enseignement de la pensée humaniste ou des « Lumières » qui ont fait de nous le pays des Droits de l'Homme et du Citoyen, on retire à l'enseignement de l'histoire son premier objectif : rassembler tout un peuple autour de valeurs communes. Et lorsque la République, par le biais de son école, ne se donne plus les moyens de rassembler son peuple, elle le condamne à se fragmenter. Cette réforme, qui devrait combattre le communautarisme, va en réalité le conforter. Un comble.

Comment comprendre, par ailleurs, la volonté confortée de favoriser l'interdisciplinarité au regard des choix opérés dans le programme d'histoire ? La transversalité des matières, qui existaient bien avant l'obligation de croiser les disciplines, paraît de plus en plus délicate à assurer pour certains professeurs. Par quel tour de passe-passe, les professeurs de lettres parviendront-ils à enseigner Voltaire, Montesquieu ou Rousseau si leurs collègues d'histoire se retrouvent contraints, par manque de temps, de faire l'impasse sur les « Lumières » ?

Ces nouveaux programmes, qui continuent à dévaloriser le savoir et qui méprisent nos valeurs, portent un coup de plus à l'école de la République, manifestement victime d'une entreprise de destruction massive et qui, à ce rythme-là, ne sera bientôt plus qu'un vieux souvenir. Un souvenir qu'on prendra soin, bien évidemment, de ne pas consigner dans les livres d'histoire des générations futures.