LaDépêche CommémorationEysses17La 73e commémoration, hier matin, a été l'occasion pour l'Association nationale pour la mémoire d'Eysses de rappeler l'État à ses engagements.

Ils se sont avancés deux fois, le visage grave. La première, ils étaient flanqués du député de Villeneuve, Jean-Louis Costes et du consul général d'Allemagne. Là, au milieu de la cour de la prison qui a vu 12 de leurs copains être fusillés le 23 février 1944 sur ordre du chef de la milice Darnand, après l'insurrection de la prison, devant plus d'une centaine de personnes, devant les porte-drapeaux qui encadraient les noms de chacun des 12 fusillés, ils ont déposé un bocal contenant un peu de terre du camp de concentration de Dachau. Dachau où, le 30 mai 1944, 1 200 résistants emprisonnés à Eysses ont été déportés, après avoir été livrés à la sinistre division Das Reich pour les déporter.

«La terre des copains»

«Ça, c'est la terre des copains», a prononcé, évidemment très ému, l'un des deux anciens détenus et déportés, sans que l'on devine qui de Jacques Chantre ou Robert Camp avait parlé.

La seconde fois qu'ils se sont avancés, hier matin, c'était au milieu du ballet réglé des gerbes déposées devant la plaque de marbre, scellée sur le mur des fusillés et égrenant les noms des 12. C'est le consul général d'Allemagne qui était appelé pour déposer des fleurs. Spontanément, les deux hommes ont suivi et se sont postés à ses côtés, dans un geste signifiant à la fois l'hommage, la résistance des peuples face à la barbarie et la mémoire toujours vive.

De mémoire, il était évidemment question lorsqu'à 10 h 30, Michel Lautissier, le vice-président de l'Association nationale pour la mémoire d'Eysses, avait prêté sa voix au président Jules Bloch, «trop âgés désormais», pour venir lui-même participer à la cérémonie.

Pérennité du lieu et de la cérémonie

De mémoire, et d'engagement : «Nous demandons que soit reconnue la responsabilité de l'État français dans la répression de l'insurrection d'Eysses qui a vu 12 résistants être fusillés puis 1 200 être déportés, comme l'État a reconnu sa responsabilité dans la rafle du Vel'd'hiv'. Nous demandons également la pérennité de ce lieu, dont seuls deux murs et la cour sont classés Monument historique. Nous ne voulons pas qu'un jour cet endroit soit rasé pour en faire un parking ou un centre commercial. Nous demandons également la pérennité de cette cérémonie : l'an dernier, la préfecture de Lot-et-Garonne avait voulu l'annuler pour cause d'État d'urgence. Or, elle a toujours eu lieu depuis 1944. La première cérémonie a même eu lieu en août 1944 alors que la France était encore en guerre.»

Enfin, dans la droite ligne des deux premiers points, Jules Bloch et Michel Lautissier demandent l'ouverture au public de ce lieu de mémoire : «Deux ministres de la Justice, Christiane Taubira et Jean-Jacques Urvoas, s'y sont engagés par écrit. Il faut qu'on trouve les modalités pour permettre l'accès au public, notamment scolaire. C'est possible à la centrale de Clairvaux, ça doit l'être ici aussi. On doit maintenant établir une convention entre les différents acteurs pour permettre l'accès à ce mur bien plus souvent qu'une seule fois par an, pendant une heure.»

La revendication pourrait prendre la forme d'une question au gouvernement, à l'Assemblée ou au Sénat. Lors de la prochaine législature désormais.

 


L'INSURRECTION EN 4 DATES

Octobre 1943. Le gouvernement de Vichy intensifie sa lutte contre la résistance. La prison d'Eysses, à Villeneuve-sur-Lot, est désignée pour regrouper l'ensemble des résistants arrêtés et condamnés par des tribunaux d'exception, les sections spéciales. En quelques jours, 1 200 prisonniers arrivent à la centrale. Loin de les affaiblir ou de les diviser, l'internement rassemble les résistants au-delà de leurs obédiences politiques et de leurs origines sociales. Et les renforce dans leur volonté de reprendre le combat. Ils mettent sur pied, à l'intérieur de la prison, une véritable République provisoire. En parallèle, une structure clandestine est créée afin d'organiser l'une des plus spectaculaires opérations de résistance de l'occupation : l'évasion des 1 200 prisonniers pour rejoindre le maquis.

19 et 20 février 1944. Les prisonniers se révoltent, capturent le directeur de la prison avant que des gendarmes mobiles soient envoyés en renfort. La grande évasion échoue finalement.

23 février. L'opération se solde par l'exécution de 12 résistants sur ordre de Joseph Darnand, le chef de la Milice.

30 mai. Les hommes d'Eysses sont remis à la division Das Reich et déportés à Dachau. 400 environ ne reviendront pas des camps.

 

(© La Dépêche du Midi)