SudOuest VictoireFillonJean-Louis Costes, le président des Républicains dans le département, analyse les scores ronflants de Fillon.


La victoire de Fillon, qui plus est dans ces proportions, relevait du mirage il y a encore trois semaines. Comment le parti Les Républicains va gérer cette surprise ?

Il est clair qu'on a été longtemps dans un match Juppé-Sarkozy. Et à ce jour, on ne sait pas comment cela va se passer au niveau du parti. On est dans l'attente. J'en saurai plus demain [aujourd'hui, NDLR] puisque je vais voir François Fillon dans le cadre d'une rencontre avec le groupe parlementaire.

Ce qui est en revanche prévu dans les statuts, c'est que le gagnant de la primaire prend la responsabilité du parti pour en faire le bras armé du candidat. C'est normal, car on évite ainsi ce qu'on avait pu observer au PS quand Ségolène Royal, soutenue par les militants, avait trouvé le parti en travers de sa route.

On parle aujourd'hui beaucoup de rassemblement, ce qui en politique se traduit souvent par compromission. Or, François Fillon ne cesse de dire que son projet n'est pas amendable. Il doit l'être selon vous ?

L'objectif, c'est de gagner la Présidentielle et pour cela, il faudra probablement amender quelques points ou du moins expliquer mieux les choses. Par exemple, François Fillon a beaucoup été attaqué sur ses propositions relatives à la Sécurité sociale. Des propositions qui ont été caricaturées notamment par la gauche alors que celle-ci, par le biais de Marisol Touraine, procède déjà à des déremboursements et au fléchage vers les assurances privées...

Malgré ces caricatures, les électeurs de droite ont amplifié l'option Fillon. Face à cette droite dure et sans concession qu'il souhaite incarner, son adversaire Alain Juppé a-t-il péché par mollesse ?

On ne peut pas dire ça. Juppé considérait que le pays n'était pas prêt et qu'il fallait procéder selon des réformes progressives. Mais le résultat est imparable. L'électorat de droite souhaite une rupture et c'est un message d'urgence qu'elle a envoyé dimanche. Et très honnêtement, personne ne pouvait en mesurer l'ampleur.

C'est la fin du chiraquisme ?

En tous les cas, les électeurs se retrouvent de moins en moins dans cette droite centriste. Les élections régionales avaient été d'ailleurs un premier signal. Sur les trois régions laissées par la droite aux centristes, deux sont passées à la trappe. Seul Hervé Morin l'a emporté et encore sur un score très serré. À côté de ça, les listes qui avaient mené des campagnes plus à droite, comme celle de Laurent Wauquiez, l'ont emporté nettement. Aussi, je pense que l'élection de dimanche marque la fin d'une époque à droite. Les gens sont excédés de voir un pays qui n'est plus dirigé, d'une société qui se désagrège. Ils veulent désormais qu'on règle les problèmes rapidement.

Sur le plan de l'organisation départementale, la victoire des fillonistes va se traduire comment ? Va-t-elle rebattre les cartes des investitures ?

J'ai fait un appel sans ambiguïté à se rassembler derrière François Fillon, faut-il rappeler. Par ailleurs, je vais réunir le comité départemental pour proposer aux Fillonnistes, à Gautier Guignard ou Christophe Bocquet, un poste au bureau. Compte tenu du résultat de dimanche, c'est, me semble-t-il, logique. Quant aux investitures, je n'ai pas à ce jour de raison de penser qu'il faille y revenir dessus. Ces investitures ont été décidées lors d'un comité national au sein duquel toutes les tendances, fillonistes notamment, étaient représentées. Ensuite tout dépendra d'un éventuel accord avec le centre. Si celui-ci intervient, et c'est ce que je souhaite, un certain nombre de circonscriptions pourraient être concernées. Est-ce que ce sera le cas du Lot-et-Garonne ? On ne sait pas.

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