LaDépêche FêteDépartementale2016Deux des cinq grands candidats à la primaire de la droite étaient hier à la fête des Républicains de Lot-et-Garonne. Pas de petites phrases assassines au programme, mais plutôt une coexistence pacifique.

La fête des Républicains de Lot-et-Garonne s'est tenue hier à l'hippodrome du Passage- d'Agen. Plusieurs centaines de militants y ont assisté, pour participer aux tables rondes organisées autour des thèmes de l'économie et de la France dans l'Europe, mais surtout pour voir et entendre deux des candidats à la primaire, à savoir MM. Juppé et Copé. Afin de respecter, un tant soit peu, l'équilibre entre tous les prétendants à l'investiture suprême, les partisans de MM. Sarkozy, Fillon et Le Maire ont pris la parole, pour détailler les grandes lignes du programme de leur champion respectif.

Haro sur les petites phrases

Représentant Nicolas Sarkozy, le député-maire d'Arcachon Yves Foulon s'est ainsi fendu d'une petite pique à l'adresse de François Fillon, considérant que sa prise de parole la semaine dernière – «Qui imagine le général de Gaulle mis en examen ?» – était particulièrement «désolante». Mais pas de petites phrases assassines à l'horizon, chacun jouant la carte de l'apaisement dans cette dernière ligne... droite des primaires.

Il a toutefois rappelé l'alpha et l'oméga de la pensée sarkozienne : «Le combat contre l'islam radical», la construction d'une «alternative à la chienlit actuelle», une action politique tenant compte de «notre identité chrétienne», «l'interdiction – si Nicolas Sarkozy est élu – de tous les signes religieux ostentatoires», entre autres propositions.

De son côté, Jean-François Copé – manifestement plus à l'aise et chaleureux qu'Alain Juppé dans le serrage des mains – a quant à lui défendu une ligne très claire, celle de «la droite décomplexée».

«Il ne s'agit pas de séduire les extrémistes, nous a-t-il déclarés en aparté, mais de construire un projet pour la France, basé sur des valeurs, nos valeurs, et de ne plus avoir la main qui tremble. Notre pays n'est plus commandé, ni à droite ni à gauche. Ce que je dis aux militants et électeurs de la droite, c'est qu'il ne faut plus reculer, comme nous l'avons fait sur la sécurité, sur l'islam, ou sur l'ouverture à gauche.»

S'agissant du climat de cette campagne de la primaire à droite, Jean-François Copé se refuse à toute attaque personnelle, ne fait aucun commentaire sur les propos récents de Fillon sur Sarkozy, admettant toutefois qu'il existe «bel et bien une haine violente entre les deux»... Jean-François Copé, qui ne dit mot sur Alain Juppé, revendique «des divergences de fonds avec Nicolas Sarkozy» : «Le choix qui s'offre à nous, ajoute-t-il, c'est être ou avoir été... Nicolas Sarkozy a été battu en 2012, et moi je ferai en 2017 la rupture qui a été promise en 2007.»

Mais quelles propositions pour se démarquer ? «Je prends un exemple : le référendum que propose Nicolas Sarkozy sur le traité européen en juin 2017 : c'est i-na-ppli-cable. Moi je propose quinze décisions de fonds prises par ordonnance, pour agir au plus vite pour la France.»

L'autre candidat à la primaire présent à l'hippodrome du Passage-d'Agen, Alain Juppé, a fait forte impression hier. D'aucuns diront qu'il jouait «à domicile», que le Lot-et-Garonne est trop lié à Bordeaux pour le snober, etc.

N'empêche : les partisans de MM. Le Maire, Fillon et Sarkozy ont bien fait entendre leur différence avec le maire de Bordeaux. Mais ce dernier a participé de manière assidue aux deux tables rondes et a déroulé ses arguments, précis mais sans être trop «techno», sur l'économie ou encore l'Europe.

«Oui, je crois au bonheur»

Ton posé, voix claire : le favori des sondages semble jouer sur du velours. «On est venu me chercher des poux dans la tête sur l'identité heureuse que je revendique, a-t-il expliqué. Oui, je crois au bonheur de vivre ensemble, mais dans l'amour de la patrie. La diversité est une chance, et il faut la respecter. Mais on doit le faire en repoussant le communautarisme, et en partageant ces biens communs que sont notre histoire, nos racines. La chrétienté est l'une de nos marques de fabrique, et, n'ayons pas peur de dire que, oui, nos racines sont judéo-chrétiennes.»

Alain Juppé s'est également déclaré favorable à une réforme du droit d'asile («Un an et demi pour instruire un dossier, c'est trop long»), pour une refonte du regroupement familial («Pour accueillir une famille, il faut déjà avoir un revenu»), et à un traitement en amont des causes de l'immigration («la guerre», «les inégalités de développement»). Quant à l'Europe, la Turquie n'y a pas sa place : «Arrêtons de les balader sur des illusions. La Turquie n'a pas vocation à rentrer dans l'Union. Dans une maison qui se lézarde, on ne rajoute pas un étage...».

Le maire de Bordeaux s'est bien gardé de se livrer au jeu des petites phrases, fidèle à sa proposition de samedi, appelant à «un code de bonne conduite» entre candidats. Il a ainsi loué l'organisation de cette fête des Républicains de Lot-et-Garonne, permettant une coexistence pacifique entre deux candidats qui, mine de rien, ont marqué des points hier.

(© Sébastien Bouchereau - La Dépêche du Midi)