LaDépêche StèleCAFI2016Un triptyque réalisé en acier brossé et portant les noms des rapatriés de 1956 a été inauguré hier. Une stèle pour le passé qui n'enlève pas les interrogations sur les lieux de mémoire.

« Cette stèle est un acte de reconnaissance envers nos parents qui ont enduré tant d'épreuves et consentis tant de sacrifice pour assumer l'avenir de leurs enfants. » Il y a des discours de circonstance et des discours qui viennent du cœur. Les élus, hier matin, incités à l'inauguration de la stèle marquant les 60 ans du CAFI, Camp d'accueil des Français d'Indochine ont rappelé l'histoire du camp, l'histoire de la mutation des anciens baraquements vers ce que l'on découvre aujourd'hui – un nouveau quartier de Ste-Livrade. Pierre-Jean Pudal, Jean-Louis Costes et Bernard Barral respectivement maire, député et conseiller départemental avec des mots forts quand même, vinrent démontrer ce que la République doit aux rapatriés du Vietnam, « celles et ceux qui resteront dans l'histoire de France comme les premiers rapatriés. » Ils insistèrent encore que ce qui se passa ici, « une réelle solidarité malgré des conditions à peine décentes au fil des décennies. » Au fond la France fut bien peu solidaire de celles et ceux qui avaient décidé de choisir la République faisant sacrifice que leur vie antérieure. 60 ans après il reste bien des incompréhensions. Et les associations qui forment le rempart contre l'oubli voudraient bien que l'histoire de l'Indochine française, l'histoire de la guerre et l'histoire des déracinés restent présentes à l'esprit de tous. « Pour cela il faut un lieu de mémoire physique et pas un lieu de mémoire virtuelle. D'ailleurs l'emplacement actuel de cette stèle n'est que provisoire. »

Clé USB pour les scolaires

En attendant mieux, l'association CEP-CAFI, (collectif des eurasiens pour la préservation du CAFI) va mettre sur une clé USB à destination, d'abord des scolaires, une part des documents historiques. Le reste viendra après, sans doute. C'est ce que les propos des uns et des autres laissèrent entendre hier matin autour d'une stèle devenue symbole de la mémoire vivante du CAFI. Mais le plus important dans ces moments d'émotion vécus entre la pagode des bouddhistes, l'église des catholiques et les baraquements d'autrefois toujours debout est venu des propos de Daniel Frèche, le président du CEP-CAFI. Plus qu'un rappel historique il rendit un vibrant hommage aux « mères courages» qui ont vécu les épreuves de la guerre, de l'exil et rêvaient de vivre là-bas, une vie meilleure pour leurs enfants. » Elles ont trouvé l'abandon et l'oubli. Elles se sont raccrochées à leurs traditions cultuelles, culturelles, culinaires et aux cultes des ancêtres. « Elles ont versé tant de larmes amères pendant les nuits d'insomnie » qu'elles peuvent être fières « de la réussite de leurs enfants et petits enfants. » La stèle est pour elles aussi. Et pour tous celles et ceux qui, oui, croient encore à la République.