Euro21 2016 2La mise en 2 x 2 voies de la RN 21 est un si vieux sujet qu'il a rejoint la cohorte des serpents de mer. Songez que depuis 2006, à peine 7 km de cet enrobé (à Pujols, en Lot-et-Garonne en 2010) ont été modernisés en 2 x 2 voies. La Dordogne a bien vu l'ouverture en 2010 de la déviation est de Bergerac, mais elle n'est qu'à deux voies. Depuis, plus rien. Sur les 340 km qu'il faudrait réaliser entre Tarbes et Limoges, cela en dit long sur le chemin (la route) à parcourir et le temps qu'il faudra y employer...

Hier, lors du colloque Euro 21 organisé à la Chambre de commerce et d'industrie (CCI) d'Agen, le leitmotiv du jour était pourtant « maintenant ou jamais ! ». Une nouvelle opération de lobbying afin de pousser les élus des villes et départements concernés (Hautes-Pyrénées, Gers, Lot-et-Garonne, Dordogne et Haute-Vienne) à se saisir de ce dossier une fois pour toutes.

« Sans ça, on n'y arrivera pas »

Au-delà des incantations, Euro 21 propose des solutions : la création d'un syndicat mixte au sein duquel les collectivités se rassembleraient pour bâtir « un projet commun », selon « une vision globale ».

Quant au nerf de la guerre, l'argent, Euro 21, face à l'impécuniosité de l'État, en appelle à nouveau au financement privé. Et donc, fatalement, à mettre en concession certains tronçons sur le même fonctionnement qui prévalait jadis pour les autoroutes. Ce qui suppose la mise en place de péages.

Le député du Lot-et-Garonne Jean-Louis Costes, présent au colloque, y est favorable. « Sans le financement privé, on n'y arrivera pas. Rien que pour l'entretien de l'axe actuel, l'État ne donne pas les moyens suffisants. Il faudrait entre 100 000 et 200 000 euros, or l'enveloppe actuelle s'élève à 50 000 euros. Il n'y a même pas les crédits pour acheter de nouveaux camions aux services ad hoc qui, du coup, les louent au secteur privé... ». Cela dit, si la problématique financière pourrait être résolue par le concours du privé, le projet porté par Euro 21 se heurte au dogme bâti lors du Grenelle de l'environnement, qui pourrait se résumer ainsi : la voie ferrée plutôt que la route.

« Des cercles antivertueux »

« Sauf qu'il n'existe pas de ligne entre Limoges et Tarbes pour faire du fret ! », s'étrangle Jean-Alain Mariotti, le président de la CCI du Lot-et-Garonne. « Il y a un risque de fracture du territoire, avertit Jean-Pierre Limousin, président du Ceser (1) et de la CCI de Limoges. Il y aura d'un côté les territoires tournés vers le littoral, et les autres qui souffriront grandement de leur enclavement. On en fait des cercles antivertueux. »

Avec des coûts de transport plus élevés et des problèmes de flux, ces zones sont en effet, qui plus est en temps de crise, bien plus exposées. Les cas de la base Intermarché de Lectoure, dans le Gers (250 emplois), et du siège de Jardiland à Trélissac, tous deux abandonnés au prétexte de la logistique, ont été cités en exemple. « La dynamique des bassins de vie ne peut s'envisager sans accessibilité », a rappelé Jean-Claude Pouxviel, le président d'Euro 21.

(1) Conseil économique, social et environnemental régional.

 

(© Sud Ouest)