SudOuest-AbandonEtatQuand on en est à vendre les chevaux, c'est que les temps sont durs. Les haras nationaux de Villeneuve-sur-Lot, qui n'en avaient plus que le nom depuis quelques années - ils étaient devenus une école d'âniers -, sont à vendre. Les comptables du retrait des services de l'État vont pouvoir noircir encore leurs carnets. Si pas grand monde ne viendra, à tort ou à raison, défendre les écuries villeneuvoises, le danger qui pèse sur les perceptions des zones rurales a fait lever les boucliers, des agents et des élus concernés.

 

Jeudi, les élus de l'Agglo de Marmande ont dénoncé le transfert des services fiscaux du cadastre, des hypothèques, de la fiscalité aux entreprises vers Agen et la fusion de certains services de Marmande et de Tonneins. Cela alors que les trésoreries de Mézin, Duras et Villeréal sont promises à la fermeture au 1er janvier.

L'État dit « rationalisation » quand les élus parlent d'« abandon ». Et les inaugurations en grande pompe de la Maison de l'État à Nérac et de la Maison des services à Meilhan-sur-Garonne ne sont que le vernis d'un cache-misère, magie de la communication, qui pour la première, maquille la disparition de fait de la sous-préfecture néracaise et, pour la seconde, consacre un sympathique fourre-tout dans lequel le guichetier de la Poste est prié, en plus du courrier, de faire du conseil pour les services de la Mutualité sociale agricole, de la CAF, de Pôle emploi, de la CPAM, de la Carsat, d'ERDF, de GRDF et RSI...

Douanes menacées

On passera ici sur le rachitisme des services de la Banque de France (cantonnés à Agen), sur les coquilles bien souvent vides des sous-préfectures et sur les redéploiements police-gendarmerie qui, au motif d'être plus efficaces, ont privé fonctionnaires et militaires de la proximité qu'ils entretenaient jadis avec la population. La brigade des douanes pourrait, elle, prendre un peu plus de distance encore, puisqu'elle est menacée d'être supprimée.

En brandissant la carte de la décentralisation, l'État, impécunieux, continue de se délester. La prochaine étape : les instructeurs du droit des sols. En d'autres termes, les personnes chargées de délivrer les permis de construire vont être transférées au 1er janvier aux intercommunalités, et cela sans mettre en contrepartie les moyens pour financer ces postes. « C'est une prise en otage », peste Jean-Louis Costes, député Les Républicains, qui pour son parti est le référent sur la défense de la ruralité. Il fera d'ailleurs des propositions en ce sens le 18 novembre, lors de la convention du parti. « L'État, exsangue, transfère aux collectivités qui sont étranglées des postes de fonctionnaires qui ne sont pas financés. Et les interco qui ne peuvent pas consentir au départ de ce service doivent céder... », insiste-t-il.

L'exception du tribunal

Sur le retrait des services public, l'élu fumélois se montre néanmoins plus nuancé : « On peut distinguer deux types de services. Celui qui, en vertu de la dématérialisation, peut être assuré sans le maillage actuel, c'est le cas des services fiscaux, et celui dont la proximité n'est pas négociable, c'est le cas de la sécurité, donc des brigades de gendarmerie ».

Une exception à ce retrait incessant de l'État : la réouverture du tribunal de Marmande, sous la forme d'une chambre détachée, qui a apporté une correction à la réforme Dati. Une réforme qui, en 2008, avait tout de même rayé de la carte les tribunaux de commerce de Villeneuve et de Marmande.

 

(© Sud Ouest)