SudOuest-MetaltempleMairieAprès une nouvelle journée de grève, les représentants syndicaux de MetalTemple négocieront « devant la salle d'audience du tribunal s'il le faut ».

Le cortège a traversé le centre-ville, avertisseurs hurlants, comme les jours de mariage. Sur les trottoirs, il n'y avait guère plus que les enfants pour s'interroger sur la direction de la procession. Hier encore, les représentants du personnel de l'usine Metaltemple ont pris le chemin de la mairie, dans l'espoir d'y rencontrer Jean-Louis Costes, une dernière fois avant l'audience déterminante du tribunal de commerce de Chambéry, lundi. « Je me souviens, en 1993, pendant la grève, il y avait des barrages jusqu'au pont », raconte un ancien, en remontant le long des maisons identiques et nombreuses aux volets fermés. À l'époque, les salariés de Metaltemple étaient encore un millier.

Dans le bourg, à la maison de la presse, les Fumélois ont vu les voitures passer. « Bien sûr que ça nous inquiète, explique un commerçant, car derrière les licenciements annoncés, ce sont des familles, qui font fonctionner l'économie locale. Je suis l'un des rares à être allé parfois manifester avec eux, mais il n'y avait pas grand monde. »

Comme si les habitants, par lassitude et après des années de lutte et plusieurs plans sociaux, avaient cessé d'y croire. Un agent immobilier dit qu'il y a 600 maisons à vendre à Fumel, aujourd'hui. Les boulangeries, le salon de coiffure, les journaux et les cigarettes... Autant de commerces qui s'attendent à souffrir de la fermeture imminente de l'usine.

Sécuriser les familles

Jean-Louis Costes a une nouvelle fois reçu tout le monde. « Les repreneurs m'ont demandé de minorer les loyers de l'usine impayés à 2 000 euros par mois, j'ai dit oui. Royer a trouvé une banque russe pour financer son projet de reprise. Lundi, il devra être validé, car c'est la seule façon d'éviter la liquidation judiciaire. Une usine qui ferme et qui rouvre ensuite, ça n'existe pas. Il est très inférieur au nombre d'employés encore présents sur ce site. Je pense qu'il pourrait augmenter avec le temps. »

José Gonzalez n'avait dans un premier temps qu'une seule question à lui pauser : « Demain, Monsieur le député, que deviennent les 107 salariés sur le carreau ? » Sécuriser les familles, c'est désormais la seule façon d'éviter que l'usine n'explose. Ou dumoins ses éléments les plus fragiles, écœurés par des mois de tables rondes stériles. « Même en étant optimiste, on comprend que les gens qui sont dehors vont finir par se mettre en colère », a ajouté le représentant du personnel, avant de poursuivre : « A l'étude des documents du plan de reprise, on ne peut qu'être inquiets : même s'ils ont trouvé une banque pour leur lâcher 200 000 ou même 400 000 euros, c'est tout à fait insuffisant. On lit ensuite que dans deux ans, ils peuvent faire une scission de l'entreprise ou être absorbés. Connaissant les intermédiaires ukrainiens ou russes, on se dit que cela peut cacher quelque chose derrière. Ce projet n'est pas ambitieux, ce n'est pas un projet d'avenir, et si c'est juste une reprise pour se faire encore un peu de blé et nous laisser creuver derrière, ce n'est pas la peine. Les promesses, on a déjà donné. »

Extension du plan amiante

Mais il reste le seul pour éviter la liquidation, alors les négociations se feront « jusque devant la porte du tribunal, s'il le faut ! » Des propositions ont été faites, au-delà de la couverture santé, de conserver la même ancienneté pour les 29 salariés repris, les mêmes acquis sociaux : « Un plan de reprise avec 29 ou 30 salariés, mais avec 20 salariés au chômage pendant six mois sur la première année, c'est difficile à imaginer. Mais si dans le cadre de ce chômage partiel, la boîte paye des formations aux gars, alors pourquoi ne pas en prendre 40 au lieu de 20 ? Ca ne leur coûte rien ! » Francis Pozas, joint hier en visioconférence, n'est pas de cet avis : « on aurait besoin, pour être à 40, de 300 000 euros de plus. Au tribunal, ça ne passera pas. » Autre proposition des délégués syndicaux, l'extension du plan amiante jusqu'en 2012 au lieu de 1997 actuellement, qui permettrait à plusieurs salariés de partir en retraite anticipée. « Nous avons les rapports qui prouvent qu'on a trouvé de l'amiante dans l'usine jusqu'en 2012. » Jean-Louis Costes a semblé s'intéresser à cette dernière proposition, et a fini par demander à recevoir ces rapports. La plupart des amendements sociaux ont par la suite été entérinés oralement par le repreneur. « Maintenant, il va falloir l'écrire. On ne validera le plan qu'à cette ultime condition. » Hier soir, une assemblée générale avait lieu pour annoncer les mesures aux salariés. La mort dans l'âme.

 

(© Arnauld Bernard, Sud-Ouest)