SudOuest-Euro21Acteurs politiques et économiques étaient réunis, hier, au pôle interconsulaire de Périgueux. Ils sont d'accord pour récupérer la maîtrise d'œuvre du projet. L'association Euro 21 s'appuie sur le nombre d'accidents sur cet axe pour montrer la nécessité de le sécuriser.

 

La route ne crée pas le développement économique mais elle peut fortement y contribuer. Voilà ce qui a été martelé hier, lors du colloque organisé par l'association Euro 21 et les chambres de commerce et d'industrie de Haute-Vienne, Dordogne, Lot-et-Garonne et du Gers. Objet de la journée : discuter de ce vieux projet porté par Euro 21 de faire de la RN 21, entre Limoges et Tarbes, une 2x2 voies payante.

Près de 130 personnes ont assisté à ce colloque, animé par Jean-Christophe Giesbert, ex-journaliste, écoutant les acteurs politiques et économiques qui soutenaient l'idée. Raymond Hammel, le PDG du groupe de robinetterie qui porte son nom, basé à Marsac-sur-l'Isle, ainsi que Delphine Camilleri, la directrice des relations extérieures du groupe Legrand, de Limoges, ont témoigné de leurs difficultés à faire face à l'enclavement dont souffre la région. À l'heure actuelle, il faut 6 h 15 pour relier Limoges à Tarbes. « Malgré l'attachement que ma famille porte à Périgueux et à la Dordogne, le groupe a choisi d'installer son showroom à Angoulême, bien plus proche de Paris », insiste Raymond Hammel.

Delphine Camilleri, quant à elle, a rappelé que le groupe Legrand « soutient aussi le projet de ligne à grande vitesse reliant Limoges à Paris ».

L'Espagne intéressée

Autre acteur - et non des moindres - à être présent, Bruno Oliver-Druet, le directeur de la Fundación Transpirenaica, à Saragosse, en Espagne. « Il est important pour la région Aragon, et plus largement pour l'Espagne et le Portugal, que la France regarde vers le sud et développe cet axe. » Vincent Panier, le président du groupe Ellipse, spécialisé dans l'immobilier d'entreprise, voit aussi en ce projet le moyen de faire « fonctionner les circuits courts qui sont aujourd'hui de véritables leviers de croissance ». « On a trop d'entreprises basées sur l'axe de la RN 21 qui s'orientent dorénavant vers les métropoles plus importantes. » Certains vont jusqu'à dire qu'au-delà d'un développement, il s'agit d'une « survie économique ».

Pour autant, si certaines études ont été menées, le chantier n'avance guère. Dans la salle, un Périgourdin se demande, tout comme Raymond Hammel, si cela mettra autant de temps que pour la réalisation de l'A 89 qui a pris plus de trente ans...

Alors, « que faut-il faire pour que les évidences soulignées se mettent en route et fassent de la RN 21 l'axe prioritaire désiré ? », demande Jean-Christophe Giesbert aux élus présents. Jacques Auzou, le président de la communauté d'agglomération du Grand Périgueux, s'accorde avec Claude Bérit-Debat, sénateur de la Dordogne, Jean-Louis Costes, député du Lot-et-Garonne, émile-Roger Lombertie, maire de Limoges et Henri Tandonnet, sénateur du Lot-et-Garonne : « Il faut que les collectivités locales participent. » Jean-Louis Costes va jusqu'à dire que, pour « avancer, il faut violer l'État ».

Des études poussées à venir

Les élus se sont mis d'accord pour créer une structure juridique qui permette de récupérer, localement, la maîtrise d'œuvre qui revient normalement à l'État pour ce type de chantiers. Quant au financement, tous ont conscience de la nécessité de créer un partenariat public-privé. Vinci donne déjà son accord, Colas et Spie, eux, sont plus vigilants. « C'est à nous maintenant, estime Jean-Claude Pouxviel, le président d'Euro 21, d'aller trouver les financeurs et à les convaincre. » En 2015, si la structure juridique se crée, une étude précise pourra donc être menée : quels seront le tracé précis, le coût global (on évoque 2,5 milliards d'euros) ? quels tronçons seront payants ?

Et quand, dans la salle, un « citoyen périgourdin » demande comment on peut justifier le développement du transport routier par rapport à l'évolution du climat, on lui rétorque que la RN 21 est « une bonne nouvelle pour l'écologie ». Pourquoi ? « Parce que pour aller de Saragosse à Agen, par exemple, on ne passera plus par Irún. »

 


 

Une route hautement accidentogène

Le dernier accident en date remonte à la semaine dernière. Mercredi 12 novembre, un septuagénaire perdait la vie dans un accident de voiture survenu le long de la RN 21, à la sortie de Bergerac. Malheureusement, le nombre d'accidents mortels relevé sur cette route est important, surtout sur le tronçon qui traverse la Dordogne.

D'après les chiffres, communiqués par la préfecture, en 2012, il y a eu 13 accidents sur la RN 21 en Dordogne. Sept accidents mortels ont été dénombrés, faisant huit morts. En 2013, 17 accidents ont eu lieu, toujours sur le même axe. Lors de quatre accidents, cinq personnes ont été tuées.

L'association Euro 21 s'appuie sur ces données, supérieures à la moyenne nationale, pour faire valoir la nécessité « urgente » de moderniser la route et, surtout, de la sécuriser.

Ailleurs, en revanche, dans le Gers, le Lot-et-Garonne et la Haute-Vienne, les chiffres sont moins élevés. Mais ce sont tout de même 99 accidents faisant des blessés ou des morts qui ont été comptés en 2012 et 2013.

 

(© Sud Ouest)