SudOuest-ZonesVulnérablesL'exploitation laitière des Roux devrait intégrer la future carte des zones vulnérables, engendrant des travaux « irréalisables ».

Les prix du lait « pas assez rémunérateurs » ont, il y a déjà quelques années, poussé Elena et Patrick Roux à réduire la taille de leur cheptel. « Pour garder nos 90 vaches, notre silo de maïs était devenu trop petit. Il aurait fallu en construire un nouveau mais ça n'aurait pas été rentable. Nous n'avons donc gardé que 55 bêtes », détaille l'agricultrice installée avec son mari à Beauville, au milieu de quelque 200 hectares de terres répartis sur plusieurs communes vallonnées.

Au 31 décembre, leur exploitation, comme celles installées sur 140 autres communes du département, devrait être classée en zone vulnérable, dispositif imposé par l'Europe, dans le cadre d'un contentieux lié à la directive nitrates. Devrait car les recours se multiplient (lire ci-contre).

En attendant, les Roux ont fait leur compte pour la gestion de leurs effluents d'élevage. Car qui dit zones vulnérables, dit règles d'épandage très contrôlées. « Le plan d'épandage inclut déjà une zone d'exclusion de 35 mètres le long du cours d'eau, évoque Patrick Roux dont les terres longent sur plus d'un kilomètre la petite Séoune. Et sur les parcelles en pente ce sera encore plus. Alors comment va-t-on se dépatouiller ? On va être obligé de prendre des terres à l'extérieur pour épandre, comme en Bretagne ? »

35 000 euros à débourser

Sur leur exploitation, seule une quarantaine d'hectares peut, aujourd'hui, « profiter de cette richesse, naturelle et moins chère que les engrais chimiques » mais qui demande quelques installations. À la sortie de la stabulation, une pente douce en béton guide les effluents vers une plateforme couverte de 400 m³ qui recueille le fumier quand le lisier s'écoule vers une cuve dédiée de 500 m³. Des travaux lourds qui, demain, ne suffiront peut-être plus : « Si on ne peut plus épandre, il faudra stocker. Et cela a un coût. » Agrandir les deux unités de stockage existantes de 25 % et ainsi répondre aux nouvelles exigences s'élèverait à 35 000 euros, selon les calculs de Patrick. À condition, aussi, d'en avoir la place. « Mais on n'a pas l'argent pour réinvestir, assure Elena Roux. Le banquier ne suivra pas. Investir pour gagner plus, pourquoi pas. Mais là ce n'est que pour perdre de l'argent... » Dans le passé, le couple a déjà lourdement investi pour monter une stabulation et une salle de traite dignes de ce nom : « Le bâtiment est à peine amorti. On ne peut pas accepter ces nouvelles exigences ! »

« On arrête tout »

Laurent et Sylvie Berjou, éleveurs laitiers à Saint-Caprais-de-Lerm, étaient hier aussi sur l'exploitation de leurs homologues, invités tout comme le sénateur Pierre Camani et le député Jean-Louis Costes, à cette visite technique organisée par la Chambre d'agriculture. Eux l'assurent : « Si les zones vulnérables s'appliquent chez nous, on arrête tout principe d'élevage. C'est dommage, car ça fait trois générations et on aime ça. Ma femme s'est aussi installée. Le bâtiment que l'on a construit en 2006 pour être aux normes est presque amorti. À deux, on s'en sortait. Mais là, si on passe en ''tout céréale'', ce ne sera pas viable pour deux, vue la taille de notre exploitation. Ma femme sera obligée de trouver un travail à l'extérieur », assure Laurent.

« Un emploi agricole équivaut à cinq emplois induits, rappelle Patrick Roux. Aujourd'hui, qui installe encore des machines de traite dans le département ? Il y avait un fabricant pas loin, il s'est reconverti... »

 

(© Julien Pellicier, Sud Ouest)