SudOuest-prostitutionJean-Louis Costes, député de la troisième circonscription de Lot-et-Garonne, juge hypocrite la loi pénalisant les clients des prostituées, actuellement en cours d'examen à l'Assemblée.

"Un bel exercice d’hypocrisie générale, juge l'élu du Fumélois.  Alors qu’elle se présente comme un moyen de lutter contre le « système » prostitutionnel, cette proposition de loi vise en réalité à éradiquer la prostitution. Son postulat de base : toutes les prostituées (au féminin bien sûr, la prostitution masculine n’étant jamais réellement prise en compte) seraient des victimes. Pourtant, bien qu’aucune étude statistique précise n’existe en France, celles effectuées à l’étranger révèlent une réalité bien différente : ainsi, en 2010, une étude réalisée par la police britannique a montré que seuls 7,8% des prostitués de Grande-Bretagne travaillaient sous la contrainte. Bien sûr, il ne s’agit pas de nier l’existence des réseaux, car ils existent et doivent être combattus. La lutte contre le proxénétisme, la traite humaine, les violences faites aux femmes (prostituées ou non d’ailleurs) doivent bénéficier d’un soutien public volontariste. Mais ce n’est pas ce qu’apportera cette loi. Au contraire, en interdisant totalement la prostitution – et c’est bien l’objectif sous tendu par ce texte –  au motif de vouloir protéger les prostituées, on ne la fera pas disparaître : on la rendra simplement moins visible. La clandestinité sera renforcée et avec elle, les réseaux qu’on devrait combattre. Les prostituées seront toujours là, mais plus isolées, plus vulnérables. Une loi pragmatique aurait cherché à leur donner les moyens d’exercer leur activité en préservant leur sécurité, leur santé et leur dignité. Tous les dispositifs d’aide resteront inefficaces tant que le regard porté sur cette profession sera celui de la pitié condescendante et non celui du respect. Qui sommes-nous, simples responsables politiques, pour décider en lieu et place de nos concitoyens ce qui est bien pour eux, ce qu’ils veulent et ce qu’ils valent ? Qui sommes-nous pour décider que l’expression de leur propre liberté est dangereuse pour eux ? Qui sommes-nous pour leur imposer une protection contre eux-mêmes ?  N’est-ce pas là la négation même de la démocratie ?"

(© Sud-Ouest)