Jean-Louis Costes est intervenu dans le cadre la commission des Affaires sociales consacrée à l'audition de monsieur Jean Bassères, directeur général de Pôle Emploi. Il l'a notamment interrogé sur le manque de réactivité de Pôle Emploi et sur la nécessité de clarifier la répartition des compétences entre les différents acteurs de l'accompagnement vers l'emploi.


Extrait du compte-rendu

M. Jean-Louis Costes. Je ne donnerai pas dans le « Pôle emploi bashing », car votre tâche est immense, monsieur le directeur général : vider un puits avec des éponges est compliqué !

Vous souhaitez développer une logique de partenariat, notamment avec les missions locales et le réseau Cap emploi. Il serait bon de clarifier les rôles des uns et des autres car les demandeurs d'emploi sont confrontés à un manque de visibilité compte tenu de la multiplicité des organismes et des associations.

En tant qu'élu local, le principal reproche adressé à Pôle emploi que j'entends de la part des demandeurs d'emploi est le manque de réactivité. Ils disent en trouver davantage sur des sites auparavant plus connus pour vendre des véhicules que pour recenser des offres d'emploi. Certaines entreprises partagent ce sentiment et affirment trouver, grâce à ces sites, à pourvoir un emploi le jour même de la publication de leur annonce. Comment comptez-vous améliorer la réactivité de Pôle emploi ?

Enfin, je suis très réservé quant à la gestion prévisionnelle de l'emploi et des compétences. Pour avoir eu l'occasion de la pratiquer dans ma vie professionnelle, j'estime qu'elle est d'une application très lourde et qu'elle produit des résultats extrêmement limités.


[...]

M. Jean Bassères. Monsieur Costes, vous avez insisté sur la lisibilité des dispositifs au niveau local. Nous essayons de l'assurer à travers les conventions que nous passons avec les missions locales : nous avons établi que la dimension strictement professionnelle relevait de Pôle emploi et la dimension sociale et professionnelle des missions locales. Avec Cap emploi, nous essayons de travailler en symbiose. Nous avons consenti un effort budgétaire important en augmentant l'année dernière notre contribution à ce réseau et nous négocions une nouvelle convention dont l'enjeu principal est l'orientation : quels sont les travailleurs handicapés que Pôle emploi doit orienter vers Cap emploi ? Notre sentiment est que ce doit être ceux qui sont confrontés aux situations les plus difficiles.

Vous avez évoqué le reproche de manque de réactivité qui nous est adressé et ces sites où il serait plus facile de trouver et de pourvoir une offre. Je suis le premier à dire qu'il faudrait simplifier pour les entreprises le processus de dépôt des offres à Pôle emploi, notamment en privilégiant le langage naturel au lieu de leur demander de maîtriser certains codes qu'elles ne connaissent pas forcément. Il me semble toutefois important de soumettre à votre réflexion deux éléments. Premièrement, Pôle emploi vérifie la légalité des offres d'emploi déposées sur son site. Je ne pense pas que ce soit le cas de la plupart de ces sites que vous citiez. Sur 500 offres prises au hasard, je suis presque certain que nous en trouverions plusieurs illégales, rédigées par exemple sous la forme : « je cherche une vendeuse ». Deuxièmement, le site de Pôle emploi ne s'occupe pas simplement de diffuser des offres, il effectue une mise en relation entre offres et demandes, ce qui suppose de poser des questions aux employeurs pour déterminer les critères nécessaires à un meilleur rapprochement. Pour toutes ces raisons, déposer une offre sur Pôle emploi sera toujours un peu plus compliqué. Que pole-emploi.fr ait des progrès à faire, j'en conviens. Reste qu'il est le premier site de l'emploi en ligne en termes de fréquentations, et de très loin. Précisons que nous avons proposé un partenariat avec le site que vous évoquiez sans le nommer et qu'il n'a pas souhaité donner suite à notre proposition : sans doute craignait-il que les vérifications que nous opérons n'aboutissent à mettre de côté bon nombre des annonces qu'il diffuse.

Sur la gestion prévisionnelle de l'emploi et des compétences (GPEC), à nous de vous convaincre. Après le travail que nous avons mené sur la classification des emplois et le référentiel des métiers, entrer dans cette démarche nous paraît utile pour donner des perspectives sur cinq ou six ans à nos collaborateurs. Nous avons la chance de pouvoir traiter de ces enjeux au sein de Pôle emploi ce que ne pouvait pas faire l'UNEDIC centrée autour d'un seul métier. Si l'automatisation et l'amélioration des systèmes d'information permettent dans l'avenir d'alléger le nombre de conseillers chargés de la liquidation des droits, la GPEC pourra les rassurer en leur offrant des parcours professionnels alternatifs.